Décarbonation : une journée d’échanges entre acteurs des transports

L’ORT&L a réuni 120 personnes le 11 mars 2025 à Pont-à-Mousson pour une journée d’échanges sur la transition énergétique des transports. Au programme : partage d’expérience, témoignages, point sur les évolutions des réglementations, ateliers thématiques, etc.

"Comment mettre en commun nos efforts pour verdir les transports et répondre aux évolutions réglementaires ?" Dessin Cindy Remy

Comment mettre en commun nos efforts pour verdir les transports et répondre aux évolutions réglementaires ? Telle était la question soumise aux participants de la journée d’échanges sur la décarbonation des transports, organisée par l’Observatoire Régional Transports & Logistique du Grand Est (ORT&L). L’évènement s’est tenu le 11 mars 2025 à l’abbaye des Prémontrés, à Pont-à-Mousson, et a rassemblé près de 120 personnes issus d’horizons très variés : transporteurs, logisticiens, donneurs d’ordre, chargeurs, collectivités, énergéticiens, constructeurs de véhicules, etc.

L’ensemble des parties prenantes étaient conviées à assister à des interventions, témoignages et tables rondes sur des thèmes allant de l’évolution réglementaire à la mise en place d’outils permettant l’adaptation des entreprises, en passant par l’implication des territoires dans cette transition énergétique.

Nous revenons dans cet article sur le contexte qui a poussé les membres et partenaires de l’ORT&L à vouloir organiser ces rencontres et, en particulier, sur le défi posé par les objectifs européens de décarbonation totale du parc de poids lourds, progressifs mais visant la décarbonation totale d’ici 2050, un des premiers points abordés lors de cette journée.

Diffuser de la connaissance et favoriser les échanges

« Diffuser des connaissances sur les transports de marchandises et la logistique » constitue la raison d’être de l’ORT&L, a rappelé le président de l’association, Laurent Guoli, au cours de son intervention d’ouverture de la journée : « notre vocation et de favoriser les échanges entre nos membres et l’ensemble des acteurs concernés par les sujets liés au fret et à la logistique. » Il a ajouté : « le développement durable est au cœur de nos activités depuis la création de notre association. » Ce n’est, en effet, pas la première fois que l’ORT&L s’intéresse aux sujets autour de la décarbonation, en témoigne l’organisation 5 ans auparavant, dans les mêmes lieux, d’un colloque intitulé « Demain, quelles motorisations pour transporter nos marchandises ? »

Sauf qu’entre-temps, les technologies ont mûri et le contexte, économique comme politique, a changé : « Le secteur des transports et de la logistique est aujourd’hui à un tournant décisif, a souligné Laurent Guoli. Face au défi du changement climatique, aux attentes des consommateurs et aux contraintes réglementaires nationales et européennes qui s’intensifient, nous n’avons plus d’autre choix que d’accélérer la transition énergétique de nos activités, tout en conservant à l’esprit l’exigence de compétitivité économique. Le secteur joue un rôle clé dans cette transition. Les transports représentent environ 30 % des émissions de CO2 en France. Réduire notre empreinte carbone est non seulement une nécessité environnementale, mais aussi une opportunité d’innover, de moderniser nos infrastructures et nos pratiques et de rendre nos métiers plus attractifs. »

Une stratégie régionale poursuivant la feuille de route fret & logistique

Conseillère régionale, et par ailleurs présidente déléguée de l’ORT&L, Régine Aloird a indiqué que, faisant suite à la feuille de route régionale pour le fret et la logistique élaborée collégialement en 2023, la Région Grand Est allait se doter d’une stratégie fret, qui devrait être soumise à délibération du Conseil régional en juin prochain.

Les interventions de la matinée, animées par deux bénévoles issues des adhérents de l’ORT&L (Marie Breton de l’Union TLF et Delphine Rolland de l’Ademe), ont ensuite porté sur les évolutions réglementaires, tant au niveau national qu’européen, visant à favoriser la décarbonation des transports et de la logistique.

Une réglementation pesant sur les constructeurs

"La règlementation CO2 structure le marché" Dessin Cindy RemyLe recours aux motorisations alternatives aux carburants fossiles n’est pas la seule façon de réduire l’empreinte carbone des transports, a rappelé Marie Chéron, de l’association Transport & Environnement : « Pour décarboner les transports de marchandises, plusieurs leviers sont nécessaires : changer de carburant pour sortir des énergies fossiles, optimiser le trafic en évitant les transports à vide et en remplissant mieux les camions, et privilégier le report modal vers des modes de transport moins polluants comme le rail, le fluvial ou les vélos cargo dans les zones denses. Ces leviers sont complémentaires et chaque acteur doit trouver la combinaison qui lui convient le mieux. En France, le transport routier représente 90 % du transport de marchandises. Il est donc crucial de travailler sur ce secteur pour atteindre les objectifs de décarbonation. »

"Obligation pour les constructeurs : Attention à soutenir aussi la demande !" Dessin Cindy Remy

L’obligation réglementaire, en la matière, porte principalement sur les constructeurs de camions, qui doivent réduire graduellement les émissions de gaz à effet de serre des véhicules qu’ils produisent, pour parvenir à la neutralité carbone en 2050. Or, si les constructeurs proposent bien à leur catalogue des camions zéro émission à l’échappement, leur surcoût est généralement prohibitif. La question est donc de savoir comment stimuler la demande, ce qui pourrait passer, indique Marie Chéron, « par l’obligation pour les grandes entreprises, celles possédant un certain nombre de véhicules, de respecter un pourcentage de camions zéro émission lors du renouvellement de la flotte. Ce concept de mandat pour les flottes est dans l'agenda européen et devrait être précisé au second trimestre. »

Une telle contrainte sur les transporteurs serait une nouveauté, car à l’heure actuelle et au niveau européen, ce sont véritablement sur les constructeurs que reposent les quotas à atteindre en matière de véhicules décarbonés. Les constructeurs vont devoir passer, en quelques années, de 5 % de camions électriques mis sur le marché (chiffre attendu pour 2025) à 50 % en 2030.

Un « mur d’investissement » pour renouveler les flottes

Pour les entreprises de transport routier, la décarbonation de la flotte de camion représente un surcoût considérable. Erwan Célérier, délégué aux affaires techniques, à l’environnement et à l’innovation de la Fédération nationale des transports routiers, évoque un « mur d’investissement de 53 milliards d’euros » dans les 20 ans à venir. Selon Transports & Environnement, le surcoût de la conversion du transport routier à l’électricité est encore plus massif, Marie Chéron l’évaluant à 100 milliards d’euros d’ici 2040. Un chiffre qui pose la question du financement des accompagnements financiers aux entreprises, sans lesquels les transporteurs ne pourront être au rendez-vous de la transition énergétique.

 

Dessinatrice Cindy RemyTout au long de la journée, une dessinatrice, Cindy Remy, était présente pour illustrer en direct les interventions des participants.

Les échanges ont pris forme sous ses coups de feutre, capturant les idées clés des différentes prises de parole en une quarantaine de dessins.

 

Nous vous donnons rendez-vous dans nos prochains articles, à paraître dans les mois qui viennent, dans lesquels nous reviendrons sur le reste de la journée et notamment les ateliers thématiques de l’après-midi.

 

Dessins : © Cindy Remy
Photos : © ORT&L